Designers compétents demandés

By Richard Aubé

Vous avez peut-être entendu parler, la semaine dernière, de l’important rappel de jouets fabriqués en Chine. L’entreprise Mattel a en effet rappelé 18 millions de jouets à cause de l’utilisation de peinture contenant du plomb et de petites composantes (aimants) susceptibles de se détacher. Dans le premier cas, on parle d’empoisonnement, dans le second, d’étouffement ou de perforation des intestins. De sérieux risques dans les deux cas. Mattel affirme avoir découvert ces problèmes grâce à son contrôle de la qualité, heureusement!

Bien sûr, vous me direz que les designers industriels de Mattel (qui habitent probablement aux États-Unis) ne peuvent être responsables de l’utilisation d’une peinture non conforme par un sous-traitant chinois. Je partage votre avis. Dans le cas de la peinture, je crois que le sous-traitant manufacturier a été négligeant ou a essayé de livrer un produit qui ne répondait pas au cahier des charges de Mattel. On peut croire que le geste visait à épargner sur les coûts de fabrication. Signe de remords, il semblerait même que le président de l’entreprise chinoise se soit suicidé suite à ce rappel…

Dans le cas des aimants cependant, comme dans le cas de bien des jouets de qualité déplorables que je rencontre régulièrement dans des boutiques, je commence à douter de la compétence de certains designers concepteurs de jouets.

Quand j’ai entendu parler de cette histoire sur les ondes de Radio-Canada, j’ai décidé d’intervenir pour souligner l’importance de maintenir les plus hauts standards possibles de conception de produits. Vous pouvez écouter l’intégrale de cette émission ou seulement mon commentaire en activant le lecteur ci-dessous. (2:27 minutes, 2.8 Mo, lecture en transit[streaming]).

Il faut éviter le nivellement de la fabrication par le bas, c’est évident. Il faut éviter le nivellement de la conception par le bas avant tout! Dans un récent article que j’ai publié sur ce blogue, je m’inquiétais de la sous-traitance de la conception à des entreprises de compétences parfois douteuses. Nous en avons peut-être une manifestation ici.

Le commentaire de Michel Cormier, journaliste de Radio-Canada en Asie qui dresse une liste très complète des raisons qui contribuent à ce genre de problème de qualité des produits asiatiques qui semble en croissance. Dans son intervention lors de l’émission La Tribune, il présente combien nombreuses sont ces raisons mais, un élément commun semble expliquer pourquoi la qualité d’un nombre grandissant de produits soit à la baisse : l’argent. Les consommateurs choisissent trop souvent un prix, les sous-traitants veulent toujours plus de profit, les distributeurs et les entreprises qui vendent ces produits se laissent de plus en plus guider par un capitalisme « sauvage ». Il apparaît inévitable que cette pression vers le plus bas prix dans un contexte de hausse des coûts d’énergie et des matières premières finisse par avoir des conséquences.

Et le designer industriel dans cette histoire? Il doit être le plus compétent possible. Mesurer ses responsabilités et ne pas accepter de compromis quant au travail qu’il doit livrer. Il doit demeurer le gardien de la qualité, le défenseur du meilleur rapport qualité-prix et ne pas tomber dans le piège du prix le plus bas comme critère premier. Pas facile me direz-vous. J’en sais quelque chose, surtout quand le président « débarque » dans le bureau pour exiger le « price point » attendu. Il faut cependant défendre l’Usager, celui pour qui notre travail compte, celui qui bénéficie de notre compétence, celui qui vote par son achat. Ainsi, on évite de lancer des produits qui blessent des Utilisateurs ou qui finissent directement au dépotoir, comme ces 18 millions de jouets de Mattel…

5 réponses vers «Designers compétents demandés»

  1. Jean-Sébastien dit :

    Je pensais justement à toi aujourd’hui en lisant dans le journal que les chinois accusent les designers américains d’être responsables du problème!
    Voici le texte publié:

    Rappel des jouets Mattel : l’erreur serait américaine
    LExpansion.com

    Selon Pékin, le fameux rappel ordonné en août par Mattel de 20 millions de ses jouets jugés dangereux serait imputable non pas aux ateliers chinois mais aux designers de la firme américaine. En clair, le n°1 mondial du jouet aurait commis des erreurs de conception. Au total, ces erreurs toucheraient directement 85% du lot défectueux. Soit 17 millions de pièces environ. Seules 3 millions de pièces seraient donc recouvertes d’une peinture au plomb nuisible. Les autorités chinoises ont rappelé que le pays avait exporté l’an dernier 22 milliards de jouets.
    http://www.lexpansion.com/art/17.0.160808.0.html

  2. Richard Aubé dit :

    Merci Jean-Sébastien!

    Voilà une preuve inquiétante de ce que j’indiquais dans mon article. Reste à souhaitez que les consommateurs réalisent l’impact de leurs choix, que les dirigeants d’entreprises favorisent un plus haut niveau de qualité et que les designers maintiennent les normes de développement de produits au plus haut niveau. Serions-nous face à l’obligation de faire un examen de conscience? Qu’est-ce que ça prendra pour amorcer un vrai changement vers la “qualité”?

  3. Emmanuel dit :

    Dans notre région, quelques entreprises ont formé une association et ont ouvert un bureau en Chine. Le(s) gens qui y travaille(nt) ont comme mandat de faire un suivi avec les fournisseurs chinois. L’entreprise pour laquelle je travaille ne fait pas parti de cette association. Nous fabriquons les pièces à 99% en amérique du nord mais le 1% qui a abouti en Chine ne fût pas un réel succès : non respect des tolérances, non respect des dessins, mauvaise qualité du plastique, etc.

    Je ne suis pas le seul chez nous à être devenus complètement ”allergique” à cette option. De plus, le fournisseur n’est pas à proximité donc le suivi est difficile. Quand il y a des problèmes, il devient difficile de se sentir réellement écouté mais surtout compris.

    Le service et la qualité est de loin supérieur par des fournisseurs locaux. Le service est personnalisé et la communication est meilleure. C’est à tous les travailleurs de l’innovation de trouver des alternatives différentes pour être compétitif sur le prix. La Chine n’est pas l’unique option. L’optimisation des procédés, le développement d’outillage spécialisé, la conception par utilisation de pièces communes, valeur ajoutée, partage d’information entre professionnel sont quelques unes des solutions qui doivent être exploitées au préalable.

    Une pression sur le prix a ses avantages certe quand il s’agit de travailler à s’améliorer à l’interne en trouvant des façons de faire différentes. Même là, il sera toujours difficile de rivaliser un prix. Le fait que les prix des produits à la consommation soient devenus plus qu’abordable pour une plus grande majorité appuyent cette concurrence chinoise. L’examen de conscience va effectivement de soi à mon humble avis.

    Quand on conçoit un produit, on fait de nombreuses recherches pour bien cerner le besoin des différents usagers du dit produit afin de faire de bons choix. Pour ce faire, on questionne et requestionne sur le pourquoi du besoin. Je crois que cette méthode devrait être enseignée à la collectivité afin que cette dernière évalue en profondeur la nécessité de se procurer tel ou tel bien et à quel prix. Beaucoup de gens sont des matérialistes et acheteurs compulsifs. Quand on se donne la peine de se poser les bonnes questions, bien souvent on peut arriver à la conclusion que nous en avons pas vraiment besoin. Si tout le monde faisait ça, bien des sous-sol et des garages se videraient….Ce serait déjà un grand pas en avant pour la société de consommation que nous sommes. Malgré cela, ce n’est pas suffisant car il ya bien d’autres questions à se poser avant d’acheter ne serait-ce que par rapport au côté environnemental. Ce ne sera pas facile de changer les habitudes d’une population hyper endettée pour laquelle le prix devient bien souvent un argument d’impact majeur.

  4. Richard Aubé dit :

    Bonjour Emmanuel,

    Merci pour ce long commentaire, j’apprécie les échanges que cet outil de communication permet.

    Pour avoir eu la “chance” de faire affaire avec la Chine (Pakistan, Corée, Taiwan aussi) moi-même, je suis partiellement du même avis que toi. Le respect de ce qui est demandé est souvent problématique. Cependant, je maintiens, comme dans mon commentaire sur les ondes de Radio-Canada, que la Chine est capable de produire d’excellents produits. Bientôt elle sera capable d’en concevoir aussi.

    Un bref retour en arrière nous prouve que les produits qui étaient la risée de tous sont aujourd’hui ceux qui nous servent de références. J’ai nommé les voitures japonaises… Toyota n’est-il pas le leader mondial, celui qui fabrique les véhicules hybrides les plus performants? Il y a plusieurs exemples comme cela, en incluant les méthodes de gestion japonaises, on constate qu’ils ont fait du chemin!

    Je ne cherche pas à mettre la faute sur les designers en général. Je considère néanmoins que nous devons, comme professionnels, chercher à nous dépasser afin de préserver la Qualité. Et le nous ici inclut l’ensemble des intervenants dans l’Entreprise. La meilleure qualité devrait entrainer un nivèlement vers le haut des attentes des consommateurs, je l’espère.

    Je partage totalement ton avis sur la responsabilité des consommateurs. L’action de consommer évacue trop souvent la conséquence du geste. Les conséquences environnementales deviennent (presque) une préoccupation, mais la réflexion risque de ne pas se rendre jusqu’aux considérations politiques (du genre acheter local…).

    Imagine, il est loin le jour où le consommateur va cueillir un produit sur une tablette, regarder le pays de provenance, lire l’éco-label
    (http://www.eco-label.com/french/)
    et s’être préalablement renseigné sur ses performances afin de mieux répondre à son réel besoin.

    Le produit « équitable » ne devrait-il pas être un produit local finalement? Mais ça c’est une autre histoire…

    Richard

  5. Richard Aubé dit :

    Pour faire suite à mon commentaire et à l’idée de départ de ce billet, Mattel s’excuse auprès des manufacturiers Chinois et accuse ses concepteurs.
    Plus de détails ici dans un article sur Excite Money (anglais).
    Je crois qu’il faut également inclure toutes les personnes responsables de l’innovation dans les entreprises. Il faut des moyens et un calendrier raisonnable pour faire un bon travail…

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