Outch! Et ça s’en vient en design industriel aussi…?
Je navigue beaucoup sur Internet. D’ailleurs, j’aime bien cette analogie avec la balade qui nous mène au hasard… On y fait d’intéressantes découvertes, souvent.
En naviguant pour trouver les sites où annoncer notre exposition des finissants en design industriel (je suis professeur de cette discipline au Cégep de Sainte-Foy pour celles et ceux qui ne me connaissent pas), je suis tombé sur une annonce pour le moins…frappante.

Cette annonce devrait vous électrifier vous aussi… Pourquoi? Si, comme moi, vous suivez de près l’évolution (ou la régression…) des entreprises canadiennes et québécoises, vous n’êtes pas sans connaître l’impact négatif de la concurrence des pays émergents sur nos manufacturiers. Des entreprises ferment leur porte, réduisent leur personnel de production, se mettent à sous contracter dans ces pays. Même des marques locales établies depuis des décennies et qui faisaient la fierté de plusieurs Québécois sont maintenant fabriquées en Asie.
Peut-être direz-vous que la conception demeure intouchée, que ce n’est que la fabrication qui est sous-traitée et que le design va demeurer au Québec… Et non, justement! Tout comme l’annonce ci-dessus le démontre, la prochaine menace pour les designers industriels est justement la sous-traitance de la conception dans ces pays émergents. Et la masse critique est importante.
Les chiffres sont contestés, mais la Chine et l’Inde forment des centaines de milliers d’ingénieurs par année (de 100 000 à 300 000 en Inde selon les sources et jusqu’à 600 000 en Chine). Il est vrai que dans ces pays, selon NPR, le titre d’ingénieur semble attribué à quiconque possède un certain bagage technique. Il n’en demeure pas moins que ces diplômés, même si leur formation pourrait être plus complète (selon le New York Times), représentent une force intellectuelle que nous ne pouvons plus ignorer. Contrairement à ce que l’on aimerait entendre, ces travailleurs ne sont plus que des manœuvres, ils vont concevoir des produits eux aussi… Et ils sont travaillants…
Vous lisez ceci et vous dites, bah, ce sont les ingénieurs qui doivent se sentir concernés, pas nous… Et bien l’excellent site web CORE77 qui traite du design industriel est justement allé constater en Chine de quoi il en retourne. On peut lire que la Chine forme au-delà de 10 000 designers par année. Mais les conditions politiques et sociales du pays limitent le plein développement de la profession. L’enseignement du design serait en effet contraint par le communisme qui freine les recherches plus approfondies. Les compétences développées seraient, pour le moment, encore relativement « de base ». Je vous invite sérieusement à lire l’article en question, il éclaire beaucoup de choses.
Mais l’histoire de l’Asie nous indique que ce n’est qu’une question de temps, que ces faiblesses seront dépassées bientôt. Les premières voitures japonaises étaient considérées, peut-être à juste titre, comme des poubelles. Cette année, c’est Toyota qui sera le leader mondial et les méthodes japonaises de gestion sont adoptées partout dans le monde. Si Monsieur Raymond Loewy disait que la laideur se vend mal, la qualité moyenne ne se vend plus. Le « just good enough » que l’on prête aux américains ne passe heureusement plus. Et “américains” est ici utilisé en opposition à “étasuniens”, nous sommes donc inclus.
Ce qui nous conduira plus loin comme profession n’est pas encore tout à fait clair à mes yeux, mais ce n’est certes pas le statu quo. C’est une meilleure intégration de l’écodesign, une meilleure application des innovations technologiques, c’est la compréhension de ce qui se passe du point de vue planétaire, tant en matière écologique qu’économique, c’est le désir d’aller plus loin. C’est une prise de conscience de l’éventuelle menace…
Il m’apparaît clair que les entreprises du Québec et ses designers doivent se réveiller et y mettre du cœur! Le train arrive et il fonce sur nous!
L’annonce dont il est question ici provient d’un autre site très dynamique en design :
Notre exposition dont le vernissage est ce mercredi soir y est d’ailleurs annoncée…
Vendredi, 16 novembre 2007 à 9:15 |
Bonjour Richard, très intéressant ton blog.
J’ai une petite anecdote pour enrichir tes propos.
Un finissant de la cohorte 2007 de l’école de Design Industriel de l’UdM, originaire de la France, n’a pas réussi à trouver un emploi ici à Montréal. Il est donc retourné dans son pays et encore une fois il a frappé un mur. Alors, il est parti, tout récemment, en Inde pour travailler. Je n’ai pas encore eu de nouvelles, mais il me fera plaisir de partager son expérience avec vous.
Je doute cependant que d’aller travailler dans ces pays soit la solution…Tout comme toi, je crois qu’il faut mettre la main à la pâte et innover!
Une bonne façon de faire avancer la profession est peu être de créer des équipes de design multidisciplinaire. Un ou quelques designers entourés de spécialistes provenant de sphères telles l’économie, la psychologie, l’ergonomie, la sociologie, etc..
Question de bien cerner le contexte et d’offrir la meilleure expérience possible aux usagers. C’est peu être une solution envisageable…
Vendredi, 16 novembre 2007 à 1:28 |
Merci Vincent!
Je partage ton avis. Il est de plus en plus question d’équipe multidisciplinaire en design. Mais le contexte des PME, majoritaires au Québec, rend difficile la “pénétration” des ces équipes élargies. Qui est assez convaincu pour investir en R&D à ce point? On dirait que les chiffres de “R on I” (Return on Investment) n’ont pas encore atteints cette partie de l’Amérique…
Il faut en effet de longs discours et des arguments plus que « béton » pour convaincre un DG qu’un anthropologue dans l’équipe peut contribuer à une meilleure compréhension des habitudes de vie des usagers que l’on vise avec notre concept…
J’aimerais beaucoup lire le périple de cette connaissance à toi en Asie! À plus tard!