Le design “sensoriel”.

By Richard Aubé

Je termine à peine la lecture d’un article sur les nouveaux « royaumes » du design que Monsieur Louis Brassard du MDEIE m’a gentiment fait parvenir. The new realms of design écrit par Claire Fayolle, paru dans le numéro 7 du magazine Etapes : International.

Heureux hasard, cet article fait un lien avec ce sur quoi j’ai mis du temps ce week end. J’ai finalement trouvé comment faire pour retoucher une vieille vidéo tournée à l’université. Une vidéo de 1991, où avec mes collègues d’études Emmanuelle Carreau et Sonia Bélanger, on tente de trouver des réponses sur ce qui fait qu’on adopte un produit. Ça faisait longtemps que je voulais mettre ça sur youtube, pour faire rire les gens qui nous connaissent, mais surtout parce que la question est encore d’actualité et que les réponses sont encore à trouver. Je ne vise pas à relancer le combat Mac-PC, mais simplement à illustrer que l’adoption et l’appréciation d’un produit viennent d’un ensemble de facteurs et que ces facteurs sont, à mon avis, les sens.


L’article du magazine Etapes traite du « design sensoriel » dans un contexte d’approche holistique. Comme si le succès de l’expérience vécue avec un produit provenait de la cohérence entre nos besoins et l’ensemble des stimulus offerts par le produit (en plus des fonctions comme telles). Comme dans le « friendly user » ou plutôt « user friendly » dont parlent quelques personnes dans notre vidéo, mais, l’article va effectivement pas mal plus loin.

Il semble se développer de nouvelles spécialités du design. Des designers spécialistes des sens… La vision et le toucher sont des sens bien compris des designers. Nous nous sommes toujours préoccupés des aspects tactiles et visuels des produits que nous concevons. Les couleurs, le poids, la texture, la température, la souplesse, la luminosité, la teinte, etc. Ce sont tous des éléments de notre cahier des charges conceptuel en design industriel.

Mais voilà que des firmes, européennes surtout, développent des spécialités sur les bruits, les odeurs et même éventuellement les saveurs des produits à concevoir. Non seulement ces stimulus qui s’ajoutent aux stimulus visuels et tactiles doivent être cohérents à la fonction, mais ils doivent contribuer à la « signature sensorielle » du produit. Un peu comme le « vroum » ou plutôt le “poutoupoutou” caractéristique d’un Harley Davidson ou le léger parfum des sandales Crocs contribuent à la reconnaissance de la marque.

Les recherches que mènent les nouveaux laboratoires sur la perception en design industriel sont loin d’être évidentes. Comment influencer la perception de confort? Il y a une grande portion de subjectivité dans cette perception n’est-ce pas? Les perceptions humaines sont influencées par nos paradigmes. Il faut une connaissance culturelle très approfondie pour bien comprendre les perceptions face aux produits et les designers industriels sont bien préparés à contribuer à ces recherches. Visiblement, une approche multidisciplinaire apportera des réponses très stimulantes pour le développement de produits. Pas étonnant de lire qu’il y a des sociologues et des anthropologues impliqués dans ces recherches. Il semble que les retombées se feront sentir dans quelques années.

Je suis étonné de voir les champs d’études de ces nouvelles entreprises. Une entreprises comme Eurosyn a développé le Sensotact, un outil de mesure des sens pour l’industrie automobile. On mesure l’appréciation de l’accélération du véhicule, les préférences d’odeurs dans l’habitacle, etc.

Laps design pour sa part, étudie et conseille les entreprises sur les sons qu’émettent nos produits.
C’est cette firme qui a développé les sons des Hummers (pas le bruit du moteur à ce que je sache, mais plutôt l’ensemble des sons reliés aux fonctions, celles du tableau de bord notamment). L’utilisation des sons dépasse le simple accompagnement d’une fonction, il est étudié ici pour renforcer la marque de commerce. On cherche non seulement à compléter l’expérience dans l’usage du produit, on désire que le client sache reconnaître la texture, le « clic », l’odeur propre à telle ou telle marque. Tout un défi!

Minoune

Je ne peux m’empêcher de penser aux Oldsmobiles des années 80 qui « parlaient » … C’était tellement désagréable, pas étonnant que ce soit disparu… « Votre ceinture n’est pas attachée… Vos phares sont allumés ». On s’enfonçait dans les sièges trop mous en velours et l’on se brûlait un peu partout sur les garnitures intérieures en chrome… Je me demande bien à quels clients on s’adressait avec ces « minounes »?

En terminant, question de faire un lien entre ces recherches sur le design sensoriel de cet article et le Macintosh dont on parle dans la vidéo, je crois que ce sont ces considérations qui me « touchent » chez Apple. Les touches des claviers demandent la pression que j’aime et leur bruit me laisse croire que l’assemblage est précis, le son de démarrage est agréable, le déplacement du curseur me semble bien équilibré, le « bizzouit » de l’éjection du CD m’apparaît provenir d’un mécanisme solide, l’absence de bruit de ventilateur, haaaaa, l’absence de bruit…ça fait du bien ça aussi!

Laisser un commentaire