Les designers à l’origine de l’éco-conception sans le savoir ?

By Richard Aubé

Sans le savoir, vraiment ? Heu, non, pas tout à fait…

Les designers industriels contribuent à l’optimisation des produits. Un produit bien optimisé est un produit « correct » au point de vue de l’environnement n’est-ce pas ?

En réalité, l’optimisation de produit (au niveau matériel pour ce propos) est une compétence reconnue des designers industriels. Les ingénieurs aussi pratiquent l’optimisation, c’est, à mes yeux, une de leur force. Pour un concepteur de produit, arriver à faire plus avec moins est un objectif fort enviable. Non seulement l’optimisation permet de réduire les coûts (ce qui intéresse les manufacturiers ainsi que leurs actionnaires au plus haut point…), elle permet de réduire les intrants ainsi que les extrants, ce qui devrait contribuer à une plus faible trace de l’objet dans son environnement. De plus, avec une sélection appropriée des procédés, de matériaux et de stratégies d’assemblages qui permettent le recyclage, notre travail de designer responsable était fait n’est-ce pas… C’était, jusqu‘à tout dernièrement, ma perception de la contribution des designers à la conception de produits plus « verts ».

Tout cela est bien évident me direz-vous ! Hé bien ce n’est pas si simple…

Bien que la réduction du nombre de pièces, l’optimisation des fonctions, la recherche des assemblages appropriés, la sélection adéquate des matériaux, etc. puissent contribuer au développement d’un meilleur produit au point de vue de l’environnement, il faut chercher plus en profondeur pour obtenir la juste évaluation de nos efforts.

Il faut, en fait, analyser le cycle de vie du produit. Et ce n’est pas une mince affaire, car le problème selon moi est d’obtenir de données justes et vérifiables, basées sur la réalité propre du manufacturier. Par exemple, on pourrait croire que l’utilisation de biopolymères représente une solution écologique pour remplacer les polymères qui proviennent des sous-produits du pétrole. Le pétrole est une ressource non renouvelable, c’est connu. J’aimerais cependant qu’on me démontre que l’amidon de maïs qui est la base de certains de ces nouveaux biopolymères n’engendre pas une surconsommation de pétrole pour la culture du maïs, qu’on n’utilise pas du maïs transgénique du genre BT, qu’on ne pollue pas la nappe phréatique avec des engrais chimiques, qu’on ne rase pas de forêts pour planter du maïs, etc. On peut faire un parallèle avec le biodiesel aussi, peut-être…

Ce cycle de vie du produit, le site WEEMAN l’illustre particulièrement bien. L’auteur de ce site présente les éléments dont on doit tenir compte dans le développement d’un produit que l’on souhaite « écologique ». Il divise l’impact environnemental d’un produit en quatre éléments, les matériaux qui le composent, sa fabrication, son utilisation et sa désaffection. Les exemples sont de moi.

A) Matières premières
• Utiliser des matériaux dont les impacts environnementaux sont les moindres.
Un produit constitué de bois provenant de forêts cultivées présente moins d’impact qu’un autre en acajou de la forêt vierge d’Amérique centrale
• Utiliser moins de matériaux.
…c’est évident…

B) Production (mise en forme)
• Utiliser moins de ressources.
Pas évident de donner un exemple ici… est-ce que le découpage au laser utilise moins de ressources que le découpage au plasma ?
• Produire moins de pollution et de déchets.
La peinture en poudre (powder coating) ne génère presque pas de résidu. Ce qui tombe du produit avant sa cuisson est réutilisé.
• Réduire l’impact de la distribution.
Un produit (ou ses composantes) qui fait le tour de la terre à plus d’impact qu’un produit local.

C) Utilisation (Usage)
• Utiliser moins de ressources.
Les appareils de nettoyage avec lingettes jetables sont un bon exemple de ce qu’il ne faut pas faire.
• Produire moins de pollution et de déchets.
Une lampe de poche qui se recharge en la secouant n’a pas besoin de pile.
• Optimiser les fonctionnalités et la vie utile du produit.
Un ordinateur qu’il est possible de mettre à niveau est un exemple, très imparfait, mais quand même…

D) Élimination (Fin de vie)
• Réduire l’impact environnemental de l’élimination.
La décomposition du produit une fois au dépotoir.
• Favoriser le recyclage et la réutilisation.
Cela semble contradictoire, mais Kodak a obtenu une mention pour le programme de recyclage de ses appareils photo jetables.

Il apparaît donc évident que la conception écologique d’un produit (et non pas la conception d’un produit écologique…) exige plus qu’une simple réduction des composantes et une optimisation de la fabrication. Je crois qu’il faille fouiller plus en détail chacune de ces étapes du cycle pour agir, comme concepteur, d’une façon plus éclairée.

Une page du site WEEMAN dont je parle plus avant permet de calculer l’empreinte écologique de la consommation de produits électronique. C’est assez renversant ! Je suis heureux d’avoir fait le choix de réparer mon dernier écran cathodique même si le coût était celui d’un neuf… Que faire pour que les consommateurs adoptent ce comportement plus souvent? L’éducation? Ce n’est probablement pas suffisant.

Bref, les designers industriels souhaitent contribuer au développement de produits moins polluants, mais c’est la justesse (et surtout la disponibilité) des données qui sont à la base des devis. Qui pourra nous fournir ces informations ? Je n’ai malheureusement pas la réponse, et elle ne sera pas facile à trouver ! Le problème demeure le même pour les consommateurs. Comment arriver à voir clair quand les différents lobbys industriels viendront nous vanter que leur produit ou procédé est écologique?

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