Ce jeudi 15 février, l’Institut de Développement de Produits (IDP) organisait un atelier sur l’innovation et sur le développement durable.
Cette rencontre visait la présentation de deux sujets relatifs au design industriel : La gestion de l’innovation animé par Frédéric Marier, directeur gestion de projets et ingénierie de produit, suivi du développement durable par Martin Chenette, coordonnateur du design. Les deux conférenciers sont responsables de ces dossiers chez Teknion Roy et Breton qui était l’hôte de cette activité.
Cette rencontre m’a appris essentiellement 3 choses :
1) Les acheteurs responsables peuvent provoquer des changements positifs au niveau environnemental.
2) Nous appliquons des notions d’éco-conception depuis longtemps en tant que designers industriels.
3) Le respect de l’environnement ne s’oppose pas nécessairement aux profits des entreprises.
Vu le temps disponible ce soir et la quantité de détails dont j’ai envie de traiter, je n’aborderai que le premier point aujourd’hui. Les autres suivront ultérieurement, après le « rush » de corrections que je traverse…
Des acheteurs responsables, ça existe?
(J’échange ici, volontairement, acheteurs pour consommateurs. Le premier exerce son choix dans le contexte de son emploi, le second pour lui et les siens, ce n’est parfois que l’échelle qui change.)
Laure Waridel dans son livre Acheter c’est voter affirme que les consommateurs (acheteurs) influencent positivement les décisions des entreprises. J’ai du mal à percevoir concrètement les effets positifs sur l’environnement. Je ne peux m’empêcher de penser à « La madame était contente » de Walmart qui cherche le prix le plus bas peu importe le reste… Est-ce possible que les acheteurs responsables soient assez nombreux pour faire la différence au niveau des pratiques environnementales des entreprises ?
Selon Martin Chenette, il semblerait que oui. Au niveau du mobilier de bureau institutionnel et commercial en tout cas. Les « labels » environnementaux sont de plus en plus nombreux. Je ne connais pas en détail la teneur, l’histoire ni l’évolution de ces étiquettes, normes, certifications mais Martin Chenette nous en a présenté plusieurs dont :
• Certification LEED pour la construction durable (The Leadership in Energy and Environmental Design);
• Certification GREENGUARD pour la qualité de l’air ;
• Certification FSC pour la gestion responsable des forêts (Forest Stewardship Council) ;
• Certification ECOLOGO qui favorise les choix environnementaux ;
• Certification ISO 14001, la certification internationale de l’ISO pour le management environnemental ;
• Finalement, toutes ces certifications couronnées par un principe de développement de produits «Design pour l’Environnement (DpE)» ou «Design For the Environment (DfE)» comme le diraient nos cousins français…
J’ai été étonné de voir de si nombreuses certifications ! Une proportion de plus en plus grande d’acheteurs exigerait le respect de ces « normes » par les manufacturiers de meubles. Je mets le mot norme entre parenthèses car rien au niveau légal ne force les manufacturiers à adopter ces pratiques, ils le font de façon volontaire. J’imagine que les allergies de plus en plus fortes de certaines personnes aux formaldéhydes contenus dans les panneaux de particules de certains meubles auraient provoqué une demande pour une amélioration des pratiques industrielles. J’ai cru comprendre qu’une grande partie de ces certifications s’adressent à la qualité de l’air, autant pour les travailleurs dans les usines que pour les utilisateurs des produits. Il me semble en effet légitime de faire la lutte aux Composés Organiques Volatiles (VOC ou Volatile Organic Compounds en anglais) surtout que les effets semblent s’accumuler à long terme et que les études démontrent des liens avec le cancer.
Comme je ne suis pas familier avec ces certifications, je compte bien vous revenir éventuellement avec une brève introduction. Vous remarquerez que la majorité de ces certifications sont étasuniennes… dont certaines d’entre elles comportant une version canadienne. Sommes-nous à la remorque ? Peut-on espérer une initiative en ce sens avec l’actuel gouvernement?
Un participant à l’atelier a soulevé la question : Ne serait-ce une barrière à l’exportation déguisée ? Bonne question! J’ose espérer que ces certifications environnementales ne sont pas là pour bloquer les manufacturiers étrangers qui désirent exporter. Il est à souhaiter que les manufacturiers étasuniens soient soumis aux mêmes exigences, ce que je serais porté à croire.
Les gens de Teknion n’ont pas crainte de ces nouvelles exigences. Ils semblent d’avis que nous n’avons pas le choix de revoir nos façons de concevoir et surtout de produire nos biens de consommations. Je crois aussi que nous devons emprunter le chemin vers une production moins polluante, pour nos enfants à tout le moins. Souhaitons que les entreprises des autres continents fassent de même, pour leurs populations ainsi que pour la petite boule sur laquelle nous sommes tous…
Prochain billet, les designers à l’origine de l’éco-conception sans le savoir ?